Plus qu’un outil, un rapport social de production
Mercredi 11 mars 2026. Conférence de Philippe Losego.
L’évaluation des systèmes éducatifs est généralement présentée comme un moyen de mesurer leur efficacité, voire leur équité. Elle se situe dans le contexte de ce qu’on a appelé la « Nouvelle Gestion Publique » qui, dès la fin du XXe siècle visait à mieux contrôler la dépense publique. Mais la « culture de l’évaluation » est aussi liée à la méfiance grandissante vis-à-vis des fonctionnaires, soupçonnés de travailler mal ou peu, et finalement de tous les salariés. Aujourd’hui, nous sommes censés tous évaluer la propreté des toilettes, le conducteur du camion qui nous précède, l’employé qui nous répond au téléphone, etc. Bref, les usagers sont sommés d’effectuer un contrôle du travail pour le compte des dirigeants d’entreprises ou d’administrations. Dans le cas de l’éducation, l’évaluation est censée porter sur le système mais on voit bien que l’évaluation porte de plus en plus sur les enseignants, même si c’est moins le cas dans nos pays européens que sur le continent américain. Cette logique de l’évaluation semble donner le pouvoir aux usagers, mais si elle permet une sorte de tyrannie de la subjectivité (chaque élève, chaque famille tend à vouloir être considérée de manière particulière) elle ne leur donne du pouvoir que sur les enseignants, sans moyen d’agir sur les systèmes éducatifs. Elle produit par ailleurs une vision individualiste de la scolarisation, très coûteuse en intensification du travail pédagogique.
Philippe Losego est sociologue et Professeur à la Haute école pédagogique de Lausanne.
Mercredi 11 mars à 20h00, Maison de Quartier sous-gare, Avenue Dapples 50, Lausanne.






